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LE BILLET DU PHILOSOPHE | Thierry BERLANDA : Franchir le Rubicon

Thierry BERLANDA

08
juin

En partenariat avec l’écrivain et philosophe Thierry BERLANDA, PROCESSUS se lance un nouveau défi : celui d’aborder les problèmes de l’entreprise avec un regard nouveau !

Découvrez le premier texte de notre nouvel expert !

 

 

L’expression « franchir le Rubicon » est à peu près dans toutes les têtes, et en tout cas dans bien des bouches, mais sait-on ce qu’elle signifie exactement ? Sait-on surtout pourquoi cet événement historique exemplaire porte encore du fruit dans notre époque, et notamment lorsqu’un collaborateur est enclin à prendre la décision majeure d’entrer en opposition, si ce n’est en guerre, contre son patron ?

 

LA CIRCONSTANCE HISTORIQUE

En 49 avant Jésus Christ, le parti conservateur, soutien du grand général Pompée, mène dans Rome une campagne visant à discréditer Jules César, prestigieux candidat à la fonction de Consul. Eloigné de la capitale (en l’occurrence par la guerre qu’il vient de remporter contre les Gaulois), César est excédé par les manœuvres de ses adversaires. Sentant que la victoire pourrait lui échapper injustement, il décide de marcher sur Rome à la tête de ses légions. Or la loi romaine disposait que nul ne pouvait entrer en armes sur le territoire de l’Italie. Contrevenant à cette interdiction, César franchit le Rubicon (frontière naturelle entre la Gaule et l’Italie) en lançant, rapporte Suétone, la formule célèbre alea jacta est (le sort en est jeté).

Comment faut-il interpréter ce geste ? Il ne s’agit pas de seulement brûler ses vaisseaux, et donc de s’interdire toute reculade, mais bien de se résoudre à la seule alternative de vaincre ou mourir. Et vaincre qui ou quoi ? Non seulement votre ennemi, mais l’ensemble des lois et principes formels qui fondent la structure, politique ou autre, qui est à la fois la vôtre, celle de vos amis et celle de vos ennemis. En franchissant le Rubicon, César parie donc sur sa vie (et aussi sur celle de ses compagnons), en sachant bien qu’il ne gagnera qu’en détruisant le système politique, juridique et même moral dont il est lui-même issu.

Mais le pari de César peut aussi relever d’un jugement d’une autre nature : considérer que le système politique et juridique a lui-même failli, au regard des principes moraux qui le sous-tendent et le légitiment. Effondrer un tel système reviendrait alors, non pas à le détruire à jamais, mais à le régénérer en le retrempant dans sa source originelle.

 

FRANCHIR LE RUBICON AUJOURD’HUI, DANS LE MILIEU PROFESSIONNEL, QU’EST-CE QUE C’EST

De nombreux collaborateurs, en posant la main sur la porte de leur manager, ont du éprouver, peut-être à un autre degré, le même sentiment que César devant le fleuve Rubicon. Et plus d’une fois, contrairement au grand général, ils ont renoncé à tourner la poignée.

Et c’est sagesse ! En quelle circonstance convient-il en effet d’entrer dans le bureau de votre patron en faisant le pari de vaincre ou mourir ? Même dans un contexte professionnel, où il ne s’agit pas (sauf dernières extrémités) de risquer sa vie mais sa place, il convient de ne franchir le Rubicon que dans un seul et unique cas :

  • Etre bien certain que vous voulez le poste de votre patron
  • Etre bien certain que vous avez les moyens de l’occupez

Ces conditions ne sont pas souvent réunies, mais loin de moi l’idée de suggérer qu’elles ne le seraient jamais, votre patron n’étant pas si exceptionnel qu’il a tendance à le croire. Si toutefois elles ne l’étaient pas, mieux vaudra que vous restiez en deçà du Rubicon, ou alors que vous ne le franchissiez qu’après avoir déposé vos armes sur sa rive.

Thierry BERLANDA, Expert PROCESSUS

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