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LE BILLET DU PHILOSOPHE | THIERRY BERLANDA : L’HISTOIRE DU ROI SALOMON

Thierry BERLANDA

21
octobre

Un nouveau billet  QUAND L’ENTREPRISE SE FROTTE A LA PHILOSOPHIE

Voyons comment L’HISTOIRE DU ROI SALOMON nous permet de tirer quelques leçons applicables notamment au monde de l’entreprise. Et aussi en quoi l’exemple de Salomon, si édifiant qu’il soit, n’est pas celui d’une médiation.

 

Le roi Salomon passe pour l’instigateur, ou en tout cas l’emblème, de cette pratique aujourd’hui en vogue qu’on appelle médiation. Deux femmes venaient d’avoir un bébé, dont l’un était mort juste après sa naissance. Or on ne savait pas, sauf elles-mêmes bien sûr, qui des deux mères était celle de l’enfant mort, ni donc celle de l’enfant resté en vie. Les deux femmes se présentèrent devant le roi, qui proposa de régler le litige en partageant l’enfant d’un coup d’épée. L’une des femmes approuva le roi, louant sa sagesse et son sens de la justice. L’autre, au contraire, protesta et supplia Salomon de confier l’enfant à la partie adverse, puisque seulement ainsi il aurait la vie sauve. Salomon sut alors qui était la véritable mère de l’enfant et le lui remit.

Voyons comment cette histoire nous permet de tirer quelques leçons applicables notamment au monde de l’entreprise. Et aussi en quoi l’exemple de Salomon, si édifiant qu’il soit, n’est pas celui d’une médiation.

Pour que l’intervention d’un médiateur soit légitime aux yeux d’adversaires dont il a vocation à résoudre le conflit, il faut impérativement que le médiateur n’ait aucun intérêt à la victoire de l’une ou l’autre partie. Toutes les autres conditions habituellement mises en avant sont ordonnées à celle-ci. Ainsi, dans le cas d’une opposition apparemment irréductible entre, par exemple, un employé et sa hiérarchie, ni un membre de la direction, fut-ce le DRH, ni non plus un syndicat, ne peuvent s’ériger en médiateur. En outre, contrairement à ce que laisserait penser l’étymologie du mot, le médiateur ne doit pas prendre place « au milieu » des adversaires, car il ne saurait alors aboutir qu’à une séparation de type « guerre froide » ou « paix armée » ; il faut encore qu’il soit en surplomb du champ de bataille. Mais ce surplomb, qui peut l’occuper si ce n’est la hiérarchie ? Serait-ce la justice instituée, prud’homale ou éventuellement pénale ? Non plus, car alors la solution du litige reviendrait à la victoire d’un camp contre l’autre (comme pour l’une des deux femmes ayant comparu devant Salomon).

Ce qu’il nous faut retrouver est une forme d’instance du pouvoir que les Anciens connaissaient bien et que nous avons oubliée. Le pouvoir non pas comme « potestas », ou puissance, mais comme « auctoritas » (dont la traduction va sans dire). Retrouver l’autorité signifie qu’on ne partirait plus du préalable habituel des rapports sociaux, c’est-à-dire le conflit, mais de l’idée que toutes les parties forment ensemble, au moins virtuellement, une société, voire même une civilisation, dont il s’agirait de manifester à la fois les principes et de possibles convergences pratiques entre contradicteurs.

Les principes : les intérêts des deux parties, bien qu’apparemment inconciliables, sont cependant recevables. Il convient donc que les deux gagnent quelque chose à l’issue du processus. (On exclura donc du champ de la médiation le cas où l’une ou l’autre partie aurait manifestement tort, ce qui ne regarde que les tribunaux, ou éventuellement la hiérarchie lors d’un entretien disciplinaire).

Un exemple de solution : si un employeur souhaite ouvrir son commerce le dimanche mais que ses employés souhaitent ne pas travailler ce jour là, si donc les deux positions semblent recevables, le médiateur tentera de faire dire à chaque partie à quelles conditions elle épouserait le point de vue de l’autre. Ainsi les employés demanderont que travailler le dimanche résulte d’un choix libre et révocable de leur part, et que leur rémunération soit nettement revalorisée ce jour-là. Et l’employeur pourra ouvrir son commerce le dimanche ou certains dimanches, aux conditions fixées à l’issue de la médiation.

Thierry BERLANDA

Philosophe et auteur Expert PROCESSUS

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