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LE BILLET DU PHILOSOPHE | THIERRY BERLANDA LE JARGON

Thierry BERLANDA

25
mars

Un nouveau billet  QUAND L’ENTREPRISE SE FROTTE A LA PHILOSOPHIE

LE JARGON

Si des philosophes donnent le sentiment de jargonner, ce sont aussi les philosophes qui luttent, et depuis longtemps, contre le jargon. Le premier de ces lutteurs, chacun a son nom en tête : c’est Socrate, qui a passé son temps à guerroyer contre des gens qu’on appelait les sophistes. Pourquoi cette guerre des philosophes contre les sophistes ? Parce que ces derniers utilisaient la parole comme une arme, dont ils enseignaient d’ailleurs le maniement à prix d’or, de façon à vaincre les contradicteurs plutôt que les convaincre. Comment les écrasait-on, en politique ou dans les affaires, économiques, amoureuses ou autres ? De deux façons :

  • En produisant des raisonnements ayant l’apparence de la logique et qui donc paraissaient impossibles à contredire.
  • En noyant l’adversaire sous un flot de paroles soi-disant savantes, mais qui étaient dépourvues de tout sens réel.

Et c’est bien cela, le jargon, celui des sophistes du 5ème siècle avant JC comme celui d’aujourd’hui, mêlé notamment d’un vague sabir d’anglais : il sert à tenir à distance les auditeurs afin de conserver l’ascendant sur eux, c’est-à-dire le pouvoir, mais une sorte de pouvoir magique, thaumaturgique, irrationnel.

Cette charge contre les sophistes contemporains ne signifie cependant pas dire que tout puisse ou doive être compris, immédiatement et sans effort, par tous les publics. Il existe en effet des raisonnements qui sont objectivement complexes. Sortir du jargon, c’est-à-dire rétablir le dialogue, est donc le devoir aussi bien de ceux qui profèrent la parole, qui feront un effort pour se rendre compréhensible, que de ceux qui la reçoivent, qui feront un effort d’écoute. Dans les deux cas il s’agit de porter une attention particulière à l’autre, d’avoir une considération sincère pour lui. Si en effet l’emploi du jargon présuppose que l’autre est un ennemi qu’on doit réduire et tenir en notre pouvoir, s’efforcer de parler simplement, ou le plus simplement possible, implique au contraire qu’on a du respect pour lui (respect, en latin, signifie « regarder en arrière », dans le sens de « ne pas passer outre », « ne pas tenir pour « négligeable », « ne pas laisser pour compte »).

Un milieu professionnel et/ou une entreprise dans lesquels on renoncerait au jargon seraient à coup sûr des communautés apaisés, où les savoirs seraient partagés et où quiconque serait reconnu comme susceptible d’apporter sa propre valeur ajoutée à tous les autres. Dans une entreprise résonnant de jargons ou sophismes, en revanche, n’entrez qu’à reculons car il s’agira d’un monde d’hypocrisie et d’exercice vertical du pouvoir, quels que soient les faux-semblants et les minauderies qui pourraient provisoirement faire illusion.

 

Thierry BERLANDA

Philosophe et auteur Expert PROCESSUS

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