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LE BILLET DU PHILOSOPHE | CROISSANCE ET HUMANISME, UN OXYMORE?

Thierry BERLANDA

12
mai

Un nouveau billet  QUAND L’ENTREPRISE SE FROTTE A LA PHILOSOPHIE

CROISSANCE ET HUMANISME, UN OXYMORE?

La croissance est-elle une idée humaniste ?
Nos sociétés ayant atteint un niveau d’équipement qui couvre globalement les besoins courants, y compris pour les biens de consommation les plus modernes, nous sommes entrés depuis quelques années dans une économie de remplacement. Il est en effet peu probable que vous achetiez une deuxième machine à laver ou un quatrième ordinateur (…) si les vôtres fonctionnent encore. Nous ne pouvons donc logiquement plus espérer des taux de croissance de l’économie comparables à ceux que nous avons connus entre la fin de la dernière guerre mondiale et les années 80. Les ménages et les entreprises continuent certes à remplacer leurs matériels périmés, ce qui garantit à peu près un niveau linéaire du marché, mais non plus son élévation (la variation démographique marginale étant elle-même corrigée par la baisse tendancielle des prix de vente des biens de consommation).
Comment se fait-il alors que les discours politiques soient encore quasi unanimement déterminés par le modèle de la croissance, alors qu’une simple analyse suffit à en montrer l’inconsistance ? Nous devrions en effet nous y habituer, et les politiques devraient nous y aider au lieu de lancer de plus belle leurs vaines incantations : la croissance est un produit périmé.
Une alternative s’offre donc à nous, et peu dans l’Histoire furent d’un plus grand enjeu :

-    Soit nous maintenons l’actuel cap illusoire de la production de biens surnuméraires, et alors il faudra déployer des tactiques, elles-mêmes croissant sans cesse, de propagande à outrance, de marketing dévoyé et d’obsolescence programmée, afin de faire avaler quasi de force cette production aux populations. Cette hypothèse, hélas vérifiée à ce jour, conduit à la poursuite de la surexploitation des ressources (matières premières, faune et flore, hommes eux-mêmes), faisant peser sur le monde une menace de destruction totale et certaine.
-    Soit nous amorçons courageusement le tournant d’une production de biens de nouvelle génération, éco-compatibles et durables, et nous nous ouvrons les portes de l’avenir. Convertir notre ingénierie industrielle à la conception de solutions sobres, et nos structures commerciales à leur promotion, voilà comment rejoindre nos intérêts vitaux et l’expression de cette énergie créatrice particulière, qui en elle-même n’est certes pas nuisible, qu’on appelle la production.

Dans cette seconde hypothèse, nous ne connaîtrons peut-être plus de taux de croissance à deux chiffres, voire à un seul, mais nous n’en sommes plus à vénérer ce fétiche ! A nous plutôt d’inventer le modèle social correspondant à cette nouvelle situation.
Si nous prenons ce tournant industriel, et d’abord politique et moral, nous aurons prouvé que notre première vocation est encore de conjuguer l’humanité au futur. En ce sens, la nouvelle croissance  peut être qualifiée d’humanisme. Dans l’autre cas, nous aurons montré que nous avons déjà perdu notre bien le plus précieux, c’est-à-dire le respect de notre propre vie et de la vie en général, et je ne suis pas certain que nous mériterions alors un meilleur sort que celui qui nous attend.


1.  Non pas l’augmentation de la production et de la consommation de biens en valeur absolue, dans le cadre du modèle actuel, mais le déploiement des nouvelles productions éco-compatibles.

 

 

Thierry BERLANDA

Philosophe et auteur Expert PROCESSUS

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