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LE BILLET DU PHILOSOPHE | QUELLE PLACE POUR LA LIBERTÉ EN ENTREPRISE?

Thierry BERLANDA

07
juillet

Un nouveau billet  

QUAND L’ENTREPRISE SE FROTTE A LA PHILOSOPHIE

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Quelle place pour la liberté en entreprise?

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La première vertu d’un philosophe consiste à ne pas considérer qu’il puisse facilement se passer de l’aide des grands anciens. Ainsi, pour ce qui concerne la liberté, écoutons Nietzsche : Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée est un esclave, qu’il soit un politique, un marchand, un fonctionnaire ou un savant.* Nietzsche fait-il pour autant l’éloge de l’oisiveté ? Oui, mais pas dans le sens profane où nous l’entendons. La preuve, au paragraphe suivant du même ouvrage, il écrit ces mots (une vraie douche froide pour les fainéants) : Ne pensez pas que par loisir et oisiveté, ce soit vous, paresseux, que j’évoque.

En effet, selon Nietzsche, l’oisif n’est certes pas celui qui ne fait rien, voire qui ne fait que travailler à faire semblant de travailler. L’oisif vertueux, l’oisif philosophe, et quel que soit son emploi ou son niveau hiérarchique, est celui qui parvient à prendre conscience qu’en plus de sa simple capacité d’exécution, il détient un pouvoir tout aussi important, et plus radicalement humain encore : un pouvoir d’appréciation. Nietzsche, et Heidegger à sa suite, et Hannah Arendt à sa façon, parleront de « pensée méditante ». Elle consiste en une prise de recul permettant de porter des jugements sur ce que l’on fait, qu’on demande de faire ou qu’on nous demande de faire, et donc de nous forger une opinion sur notre travail. Cette position à proprement parler « critique » n’est certes pas destructrice du travail, mais oblige au contraire à bien le fonder, puis à l’exécuter sans perte de temps ou d’énergie, en ajustant strictement les moyens aux fins, c’est-à-dire en renonçant aux tâches inutiles, improductives ou même nuisibles. Un rêve de bonne gestion des ressources humaines, n’est-ce pas ?

Et le paresseux, dont Nietzsche se méfie et se défie, quel est-il alors ? Il est celui que sa tâche absorbe complètement, qui n’agit qu’en exécutant, qu’en tant que fonction et non en tant que personne, et qui donc, d’une certaine façon n’agit pas. ***

Managers, demandez-vous donc si vous préférez encadrer une équipe de personnes mettant en œuvre leur pouvoir d’appréciation (ce qui revient d’ailleurs le plus souvent à respecter les procédures, mais pas toujours ni aveuglément), ou si vous préférez gérer un bataillon de termites devenus incapables de savoir ce qu’ils font et pourquoi ils le font. Et d’abord, demandez-vous si vous-mêmes préférez faire partie de la première catégorie ou de la seconde. De là, vous comprendrez qu’en effet passer un tiers de son temps à exécuter est amplement suffisant pour quiconque aura passé les deux-tiers restants à méditer, au sens nietzschéen du terme.

Cette réflexion prend le contrepied de certaines doctrines managériales à la mode, qui valorisent uniquement l’exécution. Platon leur ayant déjà tordu le cou il y a deux mille quatre cents ans, je ne juge pas utile de les exhumer, pas même pour les combattre, regrettant plutôt que des incultes se croyant libres aient tenté, et tentent encore parfois, de les ressusciter.

*Nietzsche, Humain, trop humain, Paragraphe 283 (traduction personnelle)

**Ibidem, Paragraphe 284 (traduction personnelle)

***En fonctionnant conformément à leur programme, une machine ou un travailleur « machinal », en aucun cas n’agissent.

 

Thierry BERLANDA
Philosophe et auteur Expert PROCESSUS

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