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LE BILLET DU PROF | LA RIGUEUR: CONTRAINTE OU VERTU?

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12
décembre

Un nouveau billet du prof 

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La rigueur: contrainte ou vertu?

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Aborder la rigueur au sein de l’entreprise n’est pas une chose aisée. C’est même un peu l’arlésienne ! Tout le monde en parle, la cherche tout en cherchant à fuir ses effets pervers.

Revenons donc aux définitions. Pour le dictionnaire Larousse (2016), il s’agit du caractère, de la manière d’agir de quelqu’un qui se montre sévère et inflexible. Nous retrouvons cette dimension de rigidité dans l’approche de ‘L’internaute’ (dureté, sévérité ; se dit d’une attitude ferme, intransigeante, qui caractérise une personne ne dérogeant pas à des principes ou à des règles strictes).

Il nous semble pour autant que son aspect polysémique soit à développer. En effet, l’utilisation courante de ce terme permet de l’appréhender comme une vertu (nous retrouvons ici la notion de persévérance), voire une valeur morale, intellectuelle et professionnelle sur laquelle se base le positionnement d’une entreprise.

Dans une organisation, la rigueur des comportements d’un individu est une qualité précieuse. Elle fait référence à la méthode scientifique, à l’analyse quantitative des données …, et finalement à la rationalité ; le manager cherchant à optimiser en permanence ses décisions par la recherche d‘une rationalité absolue. Même si nous savons depuis Simon (1955) que les individus, notamment dans un contexte incertain et complexe, ne peuvent avoir qu’une rationalité limitée (étant limités eux-mêmes par leurs capacités cognitives).

La rigueur engendre la confiance et la discipline permettant ainsi le travail collaboratif tout en réduisant la nécessité de contrôle. En effet, le collaborateur rigoureux respectera les règles et les méthodologies mises en place par l’organisation.

Le pendant négatif peut provenir des conséquences d’une rigueur absolue. Comme nous l’avons vu précédemment, la rigueur peut être synonyme de rigidité, d’inflexibilité. L’individu est conduit à respecter les règles sans les adapter à un contexte spécifique, et sans remettre en cause le sens donné aux actions. Cela n’est pas sans rappeler les approches sociologiques de l’organisation et notamment les travaux de Crozier et Friedberg sur l’acteur et le système. Les individus, devenus acteurs au sein d’une organisation, possèdent un pouvoir permettant d’influencer les actions et l’organisation, en dehors de l’autorité légitime liée à l’organigramme de l’entreprise. Imposer une rigueur absolue, en faisant ainsi perdre le sens des règles et du fonctionnement, peut conduire les individus à renforcer leur pouvoir. Une illustration de cette perversion de l’organisation peut être la grève de zèle des fonctionnaires : l’application minutieuse de la règle de sorte que le déroulement normal du service en soit paralysé.

Discutons à présent de la rigueur dans une perspective entrepreneuriale et d’innovation. Trop souvent, le succès est assimilé à l’idée géniale permettant de créer un nouveau produit, pénétrer un nouveau marché … Cette approche simpliste conduit à oublier que tous les grands inventeurs ou innovateurs ont du faire preuve de persévérance pendant plusieurs années (cf. par exemple le parcours de l’intrapreneur ayant conduit à la création de Nespresso, le parcours chaotique de Steve Job et d’Apple …). Ainsi le succès dépend avant tout du processus que de l’idée elle-même. Le processus de construction ne s’assimile pas à une prévision et à de la gestion de projet. Il s’agit plutôt d’un processus effectual (Sarasvathy) où l’agilité du dirigeant, de l’entrepreneur ou de l’intrapreneur permet de s’adapter mais également de construire des contextes nouveaux sur lesquels s’appuyer. La rigueur n’est donc pas dans la prévision et la méthodologie, mais plutôt dans l’intelligence situationnelle, la capacité à apprendre et à collaborer ! Cette perspective constructiviste ne met pas l’accent sur la prévision du futur puisque ce dernier peut être contrôlé par l’acteur.

Entre qualité humaine, et/ou méthodologique, et utilisation abusive, la rigueur est donc au centre du fonctionnement de toute organisation humaine poursuivant des objectifs. Notion subjective, elle se rapporte aussi bien à l’organisation qu’aux individus la composant ! Citons donc Sénèque pour qui le sentiment d’équité ne naît pas de la rigueur des lois mais de la rigueur de leur application.

Jean-Michel DEGEORGE
Enseignant Chercheur de l’école des Mines de St Etienne

EMSE

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