Organisme de Transformation des Entreprises et Collectivités - PARIS - SAINT-ETIENNE

09 72 62 50 51

Contact

Partenaire de vos potentiels

DU CÔTÉ DES ARTISTES | RIGUEUR ET LIBERTÉ POUR UN AUTEUR, METTEUR EN SCÈNE ET COMÉDIEN

affiche-labiche-everweb

10
janvier

Guillaume Collignon, Artiste Pédagogue PROCESSUS et Co-Auteur, Metteur en Scène et Comédien dans la création Labiche malgré lui ou 1948, Un Jeune Homme Pressé, nous livre son regard sur les notions de rigueur et de liberté.

Labiche malgré lui ou 1848, Un jeune homme pressé, un vaudeville en 5 tableaux.

1948 ! Victimes de l’exode rural et fuyant les troubles qui agitent les rues de Paris, Moustic & Mastoc se réfugient dans un théâtre vidé de ses occupants. Alors que la révolution gronde au dehors, ils vont tenter de survivre en jouant une pièce de l’auteur populaire du moment : Eugène Labiche. Le spectacle mélange allègrement le drame historique (sur fond de révolution de 1848) et le vaudeville, le comique et l’émotion, le burlesque débridé et des moments d’émotion délicieux. Les musiques, chants, pantomimes, gags, costumes et le texte (moitié Labiche moitié Moustic & Mastoc) donnent à cette comédie quasi « historique » un feu d’artifice jubilatoire à la mesure du duo comique « Moustic & Mastoc », qui s’est déjà illustré, pour le plus grand plaisir du public, dans « Molière malgré lui » et « 1929 » ( « Coup de coeur » Arte et « nominé Devos de l’humour » en 2012)

Dans la réalisation de ce projet, tu portes tour à tour les casquettes d’auteur, de metteur en scène et de comédien, quelle règle de conduite (rigueur) t’imposes-tu pour trouver l’agilité (la liberté) de passer d’une fonction à une autre?

Je tiens à préciser qu’au sein de ma compagnie Burlesques Associés, nous travaillons à deux, et que chacune de ces casquettes sont portées tour à tour par mon acolyte et moi-même. Pour se faire, nous avons donc en amont de nos créations des valeurs et des idéologies communes propres à la compagnie que nous avons créée ensemble.

Les valeurs de notre compagnie définissent donc les règles de nos créations pour chaque poste que nous endossons. C’est dans ce cadre que nous trouvons notre liberté. Il devient agréable d’écrire ce que tu mettras en scène pour le partager directement avec le public.

On pourrait imaginer la création comme une pyramide où en sa pointe se trouverait l’auteur et son texte puis dessous le metteur en scène avec le texte, la vision qu’il en a (cadre) et son «équipe », ensuite, le comédien avec le texte encore une fois, le cadre, ses outils (voix, corps…) et en sa base, le spectateur qui reçoit le jeu, l’histoire et la vision d’un spectacle. Il n’y a aucune hiérarchie dans ma pyramide, je tiens à le préciser, personne ne domine, et chacun ne peut exister entièrement sans l’autre. Les rigueurs et les libertés sont donc les mêmes pour tous les postes, faire un spectacle accessible au public choisi. Et comme chacun des postes a les mêmes valeurs et le même but, je passe simplement d’un poste à un autre au fur et à mesure de la création, en me donnant la possibilité de modifier ce que l’auteur avait écrit, ce que le metteur en scène avait pensé ou ce que l’acteur voulait jouer mais toujours pour le bien être du spectacle et pour que le bénéficiaire final soit satisfait.

En tant qu’auteur, comment parviens-tu à équilibrer avec justesse, rigueur et liberté pour réinventer cette pièce d’auteur sans la dénaturer?

Notre dernière création, « Labiche malgré lui » fut un travail assez particulier. En effet, en lisant tout ce que nous avions sur lui, 176 pièces et de nombreux écrits ou autres discours, nous avons été frappés par ses engagements politiques, et par ses débuts en tant qu’auteur durant la révolution 1848. Nous avons donc, mon camarade et moi, touchés par des choses similaires, décidé d’axer notre écriture sur les engagements politiques ainsi que sur les méthodes d’écriture de ce foisonnant auteur.

Nous dessinons donc, pour commencer, le cadre de notre nouveau spectacle.

Ce cadre, nous le prenons dans l’histoire de la commedia dell’arte, le canevas découpe notre spectacle en plusieurs scènes, que l’on rempli au début juste d’idées, d’envies de numéros, de morceaux de textes (…) afin de raconter notre histoire.

Nous modelons et déplaçons ces scènes pour avoir un début, un milieu et une fin.

Chaque scène possède maintenant son but et sa finalité.

Une fois le canevas terminé, nous dialoguons chacune d’entre elles, en nous laissant la liberté de le faire à la table ou en « semi-jeu », mais toujours en improvisant grâce aux éléments que nous avons déjà notés et de par nos personnages.

Voilà pour ce qui est, très rapidement, de l’écriture de notre pièce, bien sûr pour reprendre vos mots, dans cette partie nous dénaturons bien les écrits de « M. Labiche » dans le sens où nous utilisons ses mots dans d’autres contextes pour servir notre histoire. Mais nous en gardons le sens premier.

Ensuite, dans notre deuxième partie, nous avons choisi l’une des courtes pièces qu’il a écrite seul, car Eugène Labiche avait toujours un co-auteur. Nous avons dû l’adapter non pas pour en changer le sens, mais par cohérence avec nos personnages, et pour une question de timing, nous avons dû la couper.

Notre travail est de prendre la liberté de détourner, dénaturer parfois, modeler des pièces d’auteurs en ayant la rigueur de garder toutefois sa nature d’origine et ces transformations n’ont que le but de mettre en exergue et d’en extraire le message que l’on veut transmettre.

Comment parviens-tu à faire cohabiter en toi-même la rigueur du metteur en scène et la liberté du jeu de l’acteur ?

Il n’y a pas moins de rigueur chez l’auteur, le metteur en scène ou le comédien, ils ont tous leurs propres exigences et leurs propres rigueurs.

Je pense, et cela n’engage que moi, que l’acteur est un metteur en scène. Il l’est à son échelle, pour son histoire (celle de son personnage) intérieur, celle qu’il doit inventer, diriger et visualiser pour faire ce que le metteur en scène imagine. Cette histoire, il n’y a souvent que le comédien qui la voit, mais elle existe et elle se joue à chaque fois que le spectacle est donné.

Donc, pour en revenir à la question, quand je suis acteur, je suis metteur en scène aussi, et surtout, quand j’ai travaillé ma mise en scène (celle du spectacle et du metteur en scène) j’ai posé mes idées, et mes envies qu’une fois acteur je ferai, je testerai et répèterai.  Car pour moi la répétition est certes le travail fourni afin de donner les représentations, mais il est avant tout, et c’est là que commence la magie du spectacle, un groupe de personnes qui se connaissent plus ou moins, voir pas du tout, qui devront travailler ensemble, parfois se haïr ou s’aimer (pour le spectacle), qui devront vivre ensemble pendant la création, et devront se fier à un guide, le révélateur de leur cadre.

Et tous, dans un commun accord, avec confiance, ils avanceront vers l’inconnu, chacun à son rythme, pour tous se perdre, se tromper, hésiter, chercher, errer, se disputer, s’amuser et enfin s’accorder. C’est le saint graal des répétitions, trouver les moyens et le chemin (communs) pour s’approcher au mieux de la vision du metteur en scène et atteindre le but ultime, faire le plus beau spectacle !

Pour généraliser, le metteur en scène voit tout d’abord le « macroscopique » (la pièce, le cadre, sa vision) et l’acteur le « microscopique » (son personnage). Durant les répétitions, le metteur en scène travaillera avec le comédien le « microscopique » afin de servir au mieux le « macroscopique », et en partenariat, l’acteur devra entendre, comprendre et digérer le « macroscopique » pour nourrir son « microscopique ».

Ils sont voués à la même cause mais l’atteignent par des chemins différents.

L’auteur aura l’exigence d’écrire une histoire « jouable » (par des acteurs), captivante, drôle, triste, documentée, ou tous, c’est selon. Il aura donc la rigueur nécessaire à son métier et à son style. Le metteur en scène aura l’exigence de rendre cette histoire compréhensible, visible, spectaculaire (…), il aura donc la rigueur qu’il faudra pour choisir l’équipe qui convient le mieux à sa vision de l’œuvre, la rigueur de travailler pour se faire comprendre de toutes les techniciens (décors, lumières, costumes) et de ses comédiens pour les amener à créer le spectacle qu’il imagine. Enfin, l’acteur doit donc d’être rigoureux pour exprimer le plus justement ce que l’histoire exige (auteur) dans le cadre donné par le metteur en scène, avec sa propre « vérité » pour que le spectateur prenne plaisir à voir cet acteur jouer dans cette version de cette même histoire.

La construction d’un spectacle est une lutte amicale pour servir la même cause, pour satisfaire les mêmes envies, c’est ce que je dois faire au travers de mes différents postes, avec moi-même et avec mon acolyte.

Je suis à la fois le « chef » et son porte-parole tout autant qu’un compositeur qui interprète ses propres chansons. Il a chaque fois la liberté d’interpréter (de modifier) suivant l’instant présent, une même partition ou de penser que telle qu’il l’a écrite, elle donne le sens réel, entier de son émotion, reçoit les retours attendus et n’a besoin d’aucune modification.

Telles sont mes rigueurs et mes libertés.

Quel pont peux-tu faire entre la rigueur et la liberté nécessaires en entreprise et dans ton travail d’artiste?

Je pense que le metteur en scène est en quelque sorte un chef d’entreprise. Il dirige une équipe. Je n’aime pas le mot diriger au spectacle, un spectacle se fait de deux chemins qui se rencontrent et ne font plus qu’un pour aller dans la même direction. Le metteur en scène doit tout d’abord créer une équipe, faire en sorte qu’elle soit homogène et tout mettre en œuvre pour la mener à atteindre le but pour lequel il l’a choisie.

Il a la responsabilité de la réussite du projet, pour la pérennité de sa compagnie (entreprise) et par le fait que l’équipe lui a offert sa confiance et son temps. Il doit transmettre à chacun un cadre clair et précis, pour qu’à l’intérieur de celui-ci chacun puisse avoir la liberté de créer et de proposer. Il doit accompagner toutes les disciplines de la création (lumière, costumes, maquillage, jeu des acteurs, découpage de l’histoire) sans parfois jamais réaliser aucune de ces tâches. Le metteur en scène doit pousser, trancher, accompagner, il est le décisionnaire pour que le résultat soit la réalisation de sa pensée et mieux encore.

Il doit savoir partager une idée pour qu’avec les autres elle ne soit plus sienne mais devienne idée commune et enfin idée géniale!

Nos agréments