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LE BILLET DU PHILOSOPHE | RIGUEUR & LIBERTE

Thierry BERLANDA

09
janvier

Un nouveau billet  

QUAND L’ENTREPRISE SE FROTTE A LA PHILOSOPHIE

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Rigueur & Liberté

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A vrai dire, rigueur et liberté ne peuvent pas être antithétiques car elles ne sont pas situées sur un même plan ni ne constituent les extrémités du diamètre d’un même cercle : la liberté est une valeur, la rigueur est une méthode. La bonne question ne serait donc pas de l’opposition entre rigueur et liberté, mais de savoir s’il l’on peut et doit faire un usage rigoureux de la liberté, voire un libre usage de la rigueur.

Il me semble que oui. Qu’est-ce en effet que la liberté ? Regardons l’étymologie. En hébreu, la liberté n’est pas un état originaire mais le résultat d’une libération ; en latin, elle a à voir avec le désir (cf libido) ; en grec elle s’assimile au pouvoir d’aller et venir sans contrainte. Dans son sens moderne aussi, juridique et abstrait, la liberté renvoie à l’expression sans entrave de pouvoirs qui seraient propres à chacun, et dont la nature serait de s’exercer. Or la pensée commune, ayant culminé pendant l’ère victorienne et sous d’autres régimes repentants, expiatoires ou rigoristes, consiste en l’idée que si la liberté est sans doute un bien, trop de liberté serait un mal. Cette idéologie restrictive s’exprime dans la ritournelle bien connue : « ma liberté s’arrête où commence celle des autres ». En toute rigueur, si j’ose dire ici, cette maxime est aussi répandue qu’elle est idiote.

Si la liberté est un bien, en quoi sa restriction serait-elle aussi un bien ? Autant dire que si l’air pur ou l’eau fraîche sont des biens, il faudrait les limiter si l’on veut se préserver du risque qu’ils tournent mal ! Il suffit d’y porter une brève et sincère attention pour se convaincre que c’est absurde. Cette contradiction provient de la confusion ordinaire entre liberté et volonté. Or s’il est en effet de bonne intelligence sociale que la volonté de chacun soit limitée à celle des autres (la garantie de cette limite étant ni plus ni moins que « Le Droit »), limiter la liberté n’a de sens que pour ces ennemis.

La liberté, c’est-à-dire cette énergie dont la nature est de s’exercer comme le pouvoir qu’elle est, rien ne doit la limiter. Ni la liberté de penser, ni celle de parler, ni celle de créer, ni celle d’entreprendre, par exemple. Et au nom de quoi affirmer que rien ne doit contraindre la liberté ? Au nom de la rigueur précisément, c’est-à-dire de cette méthode articulée à la démonstration rationnelle que la liberté est un bien quelle qu’en soit l’ampleur.

Ainsi, la rigueur serait un auxiliaire de la liberté plutôt que son empêchement. Dans l’entreprise comme ailleurs, nous pourrions donc qualifier de rigoureux tout process visant à augmenter la liberté, c’est-à-dire à en favoriser l’expression, et nous pourrions au contraire désigner comme manquant de rigueur tout système consistant à enfermer les libertés dans des structures, hiérarchiques et/ou procédurales, dont la finalité, intentionnelle ou non,  reviendrait à étouffer son expression.

 

Thierry BERLANDA
Philosophe et auteur Expert PROCESSUS

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