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LE BILLET DU PROF | L’ACCOMPAGNEMENT DES ENTREPRISES PAR DES ARTISTES

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15
février

Un nouveau billet du prof 

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L’accompagnement des entreprises par des artistes : entre immanence et transcendance

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Le contexte organisationnel des entreprises a beaucoup évolué depuis la troisième révolution industrielle. Aujourd’hui la notion d’efficacité inhérente aux préceptes Taylorien a laissé sa place au besoin d’efficience. Le fonctionnement des organisations s’est complexifié (des problèmes, des connaissances, des solutions, des interactions …) : au-delà des technologies, l’accès à la performance est désormais collectif. Il devient donc obligatoire de rassembler les salariés autour d’un projet commun. Pourtant, souvent le management a pris le pas sur la créativité et l’innovation. Jusqu’à un certain point, la croissance de l’entreprise se fait au détriment de sa flexibilité ou de son agilité.

Dans ce cadre, le rôle des salariés et des acteurs de l’entreprise a évolué. La formation par l’apport de connaissances a laissé sa place à la compétence, c’est à dire ‘être capable de’. D’aucuns pourraient croire que la compétence revient uniquement à mettre en œuvre les connaissances apprises. Pourtant, en situation de travail, cela revient plutôt à une question de posture. Etre agile c’est travailler les uns pour les autres, et pas les uns avec l’autre.

L’entreprise doit donc relever des défis nouveaux : développer sa propre culture, renforcer la cohésion … bref, devenir entrepreneuriale !

L’entreprise devient une école où l’individu doit devenir entrepreneur, entrepreneur de sa vie, de sa carrière, de sa formation … D’une certaine façon, le rapport de force s’est inversé : c’est le passage de la carrière dans une entreprise …, à une promesse d’employabilité …, à une quête de sens … dans un monde où il devient de plus en plus difficile de se projeter. L’engagement et l’épanouissement à court terme sont en permanence remis en cause.

En France, aujourd’hui, nous estimons que 80% des projets lancés par les entreprises n’atteignent pas leurs objectifs. Il convient donc de mieux savoir s’y prendre pour transformer les bonnes idées en création de valeur. Le goulot d’étranglement dans la traduction des bonnes idées en business, en CA et en emplois, s’explique par :

  • La culture : l’inventeur est plus valorisé que l’homme d’affaires
  • Les aspects psychologiques : l’aversion au risque et la non acceptation de l’erreur
  • Le manque de compétence : notamment en management …

Le rôle du manager doit évoluer ! Savoir déléguer n’est plus un mode de management mais cela devient une compétence nécessaire afin de ne pas devenir son propre goulot d’étranglement. Dans ce cadre, impliquer les salariés dans la stratégie, et surtout dans sa déclinaison opérationnelle, est au cœur de l’approche managériale. Cela a des conséquences : renforcer sa légitimité, accepter la critique, voire l’évaluation, supprimer les process et procédures inutiles, convaincre plutôt que de contraindre …

Afin de s’adapter à ce contexte et faire face aux nouveaux défis, un mouvement novateur de recherche autour de l’interdisciplinarité et de la pédagogie active, plaçant la pratique et l’expérimentation au centre du processus d’apprentissage, est né[1]. Illustrons par la célèbre phrase de Picasso : « Le monde, tant que tu ne l’as pas vu avec les yeux des autres, tu ne l’as pas vraiment vu ».

L’apprentissage expérientiel place l’individu en situation d’agir, mobilisant des processus subjectifs qui reposent sur la relation dialogique entre son capital émotionnel et ses connaissances rationnelles. Il y a également inter-fécondation entre les connaissances apprises et les expériences vécues. L’individu en situation d’apprentissage construit ainsi ses connaissances et ses perceptions de l’intérieur, par un échange permanent avec son milieu (Dewey, 1916). « Quand les choses ont une signification pour nous, nous donnons une signification (une intention) à ce que nous faisons. Quand elles n’en ont pas, nous agissons aveuglément, inconsciemment, sans utiliser notre intelligence » Dewey (1916). Afin de développer les significations, une hétérogénéité des profils permet de compléter notre vision du monde.

Cette longue introduction permet de revenir à la thématique de cette newsletter : le rôle de l’artiste !

Les leviers d’actions de l’artiste sont nombreux : donner envie, obtenir l’adhésion, responsabiliser et impliquer; ceci peut se traduire par exemple par : la prise d’initiative des collaborateurs, le fait d’assumer ses responsabilités, améliorer la qualité de vie au travail (2/3 des collaborateurs se déclarent globalement non satisfaits du climat social (Futuribles 2015), développer la reconnaissance mutuelle …

Le cloisonnement réduit les collaborations, l’intelligence collective, la performance globale. Il fractionne la vision, diminue la capacité d’anticipation et la réactivité. La création de valeur est désormais centrée sur le groupe et sur le relationnel (prise en compte de l’émotion qui remplace la répétition dans le processus d’apprentissage).

L’artiste doit proposer une pédagogie différenciante, par :

  • La présence : écoute, vigilance, ouverture à l’autre, à l’environnement.
  • L’accueil : accepter les situations telles qu’elles sont plutôt qu’être dans le déni, ouvrir les yeux.
  • L’engagement : mobiliser son énergie, être pleinement dans l’action.
  • La construction : dans toute situation, apprendre à agir pour nourrir la situation et avoir le souci constant d’apporter sa pierre à l’édifice.

En bref, l’artiste réconcilie avec la simplicité des choses (il ne se positionne pas comme un sachant), ne se cache derrière aucune théorie si ce n’est le bon sens et la richesse de l’intelligence collective d’un groupe. Il convient d’être simple pour être juste. Un comédien qui joue faux se repère immédiatement. Le comédien doit donc faire simple pour être juste et donc vrai afin d’atteindre son public. L’artiste réconcilie avec le vrai au contraire de ce que l’on pourrait croire. L’artiste joue avec le vrai. L’entreprise a intérêt à se réconcilier avec la simplicité, les échanges simples et efficaces.

Les grands groupes ne s’y trompent pas ! General Electric, Mozilla, MTV, Coca-Cola … travaillent régulièrement avec des artistes dans leur processus de développement et de changement. Interrogé à l’issue d’une de ces formations, un artiste précise : « Quand nous sommes dans une salle de réunion, notre présence réveille les participants. Ils ne s’endorment pas après dix secondes de PowerPoint. Tous sont conscients que la créativité fait partie intégrante de leur métier mais une infime majorité ont confiance dans leur propre puissance créative »

Pour conclure, nous pensons que les interventions doivent être vécues et construites comme des processus. Elles se concentrent sur un travail sur les postures et les comportements des individus au sein des organisations. Les apports des outils du théâtre et les interventions d’artistes peuvent jouer un rôle important à cet égard. Cela participe à positionner les individus au sein des organisations comme des acteurs du développement de leur potentiel, de leurs compétences et donc de leur organisation ! Cela paraît être une question de bons sens, qui trop souvent est dissimulé par crainte du sens commun ! (Alessandro Manzoni : 1785-1873).

[1] Les clés éducatives sont actionnées par trois rouages majeurs qui favorisent la mobilisation des processus subjectifs dans l’apprentissage : la mise en situation de vivre l’expérience, le sentiment d’apprendre en résolvant des problèmes déstabilisateurs en situation d’incertitude, la faculté à prendre du recul sur ce qui a été vécu et appris en vue de dessiner de futures stratégies d’apprentissage.

 

Jean-Michel DEGEORGE
Enseignant Chercheur de l’école des Mines de St Etienne

EMSE

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