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LE BILLET DU PHILOSOPHE | BIEN-ÊTRE: S’ANCRER POUR SE CONNECTER AVEC SOI

Thierry BERLANDA

09
mars

Un nouveau billet  

QUAND L’ENTREPRISE SE FROTTE A LA PHILOSOPHIE

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BIEN-ÊTRE: S’ancrer pour se connecter avec soi

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  On interroge souvent les philosophes à propos du bonheur. Cela m’est donc arrivé. À cette question, je réponds souvent que le bonheur ne se gagne pas en serrant les poings ou en tapant des pieds : il n’est rien qui se conquière par la force ou la ruse, et il est vain de le désirer comme s’il s’agissait d’un jouet dans la vitrine d’un commerce. Le bonheur, que la novlangue a intelligemment (pour une fois) renommé « bien-être », résulte d’une disposition qu’il est aussi facile d’énoncer que difficile de mettre en œuvre : la cohérence. De quoi s’agit-il ? De faire en sorte, autant qu’il est possible, de ne rien faire qui soit en conflit avec nos propres sentiments. À cet égard, le début de la sagesse consiste à admettre que, dans le monde réel, cette adéquation souhaitable entre ce que l’on est et ce que l’on fait n’est jamais parfaite, et donc toujours à améliorer. Comment ? En faisant de nos sentiments notre centre de gravité, au sens astronomique du terme, puis en réglant nos actes sur l’orbite la plus proche possible. Cette organisation personnelle exige d’ailleurs que nous réglions de plus en plus finement cette orbite, ce qui nous rendra de plus en plus heureux.

Mais, me direz-vous, « sentiment » n’est-il pas un terme trop vague ? Tel qu’entendu ici, il s’agit aussi bien de nos frissons artistiques et de nos propensions les plus prosaïques, que de nos convictions morales, de nos désirs les plus authentiques, ou de nos réprobations radicales : nos sentiments sont notre chair même, c’est-à-dire ce que nous éprouvons. Et qu’est-ce encore que cette chair, définie ainsi par le phénoménologue Michel Henry : ni plus ni moins que notre « soi », précisément. Ne croyez pas en effet que notre « soi » ait à voir avec nos déterminations superficielles : nos savoirs, notre aspect, notre sexe ou notre orientation sexuelle, notre niveau d’étude, notre fortune ou notre pays de naissance. Non, notre « soi », le continent méconnu de nos sentiments, voilà ce qu’il nous faut nous donner la mission de retrouver : il s’étend au cœur de moi-même, il est moi-même, et il est chacun de nous.

Le poète*le dit à sa façon : Sur les flots, sur les grands chemins, nous poursuivons le bonheur. Mais il est ici.  Or nous savons que, de toutes les personnes trouvant utile de dire leur mot sur à peu près tout, les poètes sont celles qui ont le rapport le plus intime au réel. Quel est en effet cet « ici », sinon l’ici absolu que nous sommes où que nous soyons ? Avez-vous vous déjà vu quelqu’un éloigné de son « ici » ? Non, bien sûr. Il suffit donc que chacun se convainque de la nature de cet ici : il est notre soi, et notre soi est le continent de nos sentiments.

Tout manager qui aurait ces quelques mots comme viatique, aussi bien pour son propre usage que pour celui de ses collaborateurs, aura accompli une grande partie du chemin vers l’excellence. Cela dit, il ne lui suffira pas d’avoir enregistré ces mots, ni même de les avoir compris : il faudra aussi qu’il se les approprie et qu’il les vive, dans sa propre chair.

 

*Horace, Epîtres, I, XI, 28

 

 

Thierry BERLANDA
Philosophe et auteur Expert PROCESSUS

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